ADEME Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie

L'ADEME en Picardie

Changement climatique

Données et indicateurs

Le diagnostic « énergie climat » : les enjeux nationaux exacerbés

Si la Picardie contribue aux émissions de gaz à effet de serre à hauteur de sa part dans la population française, l’analyse détaillée du diagnostic « énergie – climat » met en évidence des spécificités régionales fortes, desquelles découlent les principaux enjeux que les acteurs territoriaux doivent relever. La conclusion principale de cette analyse est que si la Picardie est confrontée aux mêmes enjeux que les autres régions françaises, ceux-ci sont exacerbés par ses caractéristiques socio-économiques.

Émissions de gaz à effet de serre par secteur. Voir le descriptif détaillé ci-après

Descriptif détaillé du graphique (DOC - 33.8Ko)

Une région à la fois industrielle et agricole

Avec 29 % des émissions de gaz à effet de serre, l’industrie est le secteur le plus émetteur de Picardie. Le poids de ce secteur est plus élevé que la moyenne nationale, du fait de son importance dans l’économie régionale. Au-delà, c’est la nature même des entreprises industrielles (chimie et agroalimentaire) qui explique la part prédominante de ce secteur dans les émissions globales par leur forte intensité énergétique. Associée à l’importance de l’industrie, la situation géographique de la Picardie explique l’ampleur du trafic routier de marchandises qui contribue à hauteur de 11 % des émissions de gaz à effet de serre régionales.

Pour sa part, l’agriculture est le quatrième secteur émetteur, non par ses consommations d’énergie mais par l’utilisation d’engrais minéraux azotés et la présence d’un cheptel important. Le développement des puits de carbone, c'est-à-dire l’absorption nette de CO2 due à la croissance de la biomasse, renforce l’importance des espaces agricoles et forestiers de la Picardie.

Une région peuplée mais peu urbaine

La Picardie est la région française comptant le plus de communes (2 300 communes pour trois départements) et compte seulement six agglomérations de plus de 50 000 habitants (Amiens, Beauvais, Creil, Compiègne, Soissons et Saint Quentin) pour une population totale de près de 2 millions d’habitants. Conséquence de cette organisation spatiale, les déplacements individuels motorisés sont plus nombreux et plus longs en Picardie que dans le reste du pays. En définitive, les déplacements de voyageurs représentent 14 % des émissions de GES.

Un habitat dispersé et ancien

L’habitat représente 15 % des émissions de GES. La typologie de l’habitat picard découle naturellement de son organisation territoriale : la dispersion de la population dans de petites communes explique la prédominance à 60 % des maisons individuelles dans le parc de logements. Usage prédominant, le chauffage est responsable de 81 % des émissions de l’habitat.

70 % des 750 000 résidences principales picardes ont été construites avant la première réglementation thermique de 1975. Caractérisé par des performances énergétiques plus faibles, le parc de logements anciens contribue à 82 % des émissions de l’habitat.

Le diagnostic des vulnérabilités : des atteintes aux milieux, espaces et activités déjà en cours

Le changement climatique n’est plus une vague et lointaine menace : d’ores et déjà, des modifications des paramètres climatiques (températures et précipitations extrêmes) sont observées. Les projections de Météo-France mettent en évidence pour la Picardie

  • des températures moyennes annuelles en hausse de l’ordre de 2 à 3,5 °C d’ici la fin du siècle ;
  • une diminution des précipitations moyennes, de l’ordre de 15 % en fin de siècle par rapport au cumul actuel ;
  • une augmentation significative du nombre de jours de vagues de chaleur et des sécheresses.

La diversité des milieux, les activités présentes et les modes d’occupation du sol en Picardie lui confèrent des vulnérabilités spécifiques au changement climatique.

La Picardie est caractérisée par la présence de milieux naturels diversifiés, particulièrement sensibles au changement climatique. C’est le cas des forêts picardes abritant certaines essences intolérantes aux sécheresses, du littoral menacé par l’élévation du niveau de la mer, des zones humides qui pourraient subir les effets du réchauffement ou encore les ressources en eau fragilisées par les pressions humaines et notamment agricoles. Le changement climatique amplifiera les tensions existantes et entrainera l’apparition de nouvelles problématiques, portant autant sur la quantité d’eau disponible que sur sa qualité.

L’aménagement du territoire et le cadre de vie dépendent fortement du climat et notamment des évènements météorologiques extrêmes. La Picardie est soumise à plusieurs risques naturels directement liés au climat :

  • les risques côtiers sur le littoral picard ;
  • les inondations par remontées de nappes ou par conjonction de précipitations ;
  • le risque de retrait-gonflement des argiles ;
  • le risque de feux de forêt.

La santé des personnes est également à mettre en relation avec les risques naturels et plus généralement les événements climatiques extrêmes. Garantir un cadre de vie sain passe ainsi par le confort thermique en ville qui dépend largement de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, qui conditionnent l’accès à l’eau et à la fraîcheur : espaces verts, eau, etc.

De nombreuses activités économiques sont directement ou indirectement liées au climat : agriculture, tourisme, sylviculture, industrie ou encore énergie. Certains de ces secteurs tels que l’agriculture se sont toujours spontanément adaptés au climat, mais les évolutions au cours du XXIe siècle risquent d’être plus rapides et pourraient impliquer une réorganisation profonde. En agriculture, les préoccupations concernent autant l’élevage que les grandes cultures avec la récurrence des pénuries d’eau et les canicules qui limitent la productivité. Changement climatique et baisse de la disponibilité en eau affecteront par ailleurs les productions énergétiques et industrielles. Si, en Picardie, on ne recense pas d’importante structure de production d’énergie, la région est dépendante des structures des régions voisines, qui elles, pourraient être impactées.